Au Sénégal, les femmes luttent pour « repousser le désert »

La Grande Muraille verte, le projet panafricain de reboisement du Sahel, n’aurait pas pu se développer sans l’implication des femmes. Reportage à Widou, dans le nord du Sénégal.

Quand on lui demande son âge, Awa Diallo répond qu’elle a 60 ans. Mais, en fait, elle n’en sait rien :
« Ici, on ne compte pas, vous savez. »

Chaque jour, chaque année, depuis toujours, son horizon est le même : le soleil assommant, l’air étouffant, le vent sableux, la végétation poussiéreuse, la terre craquelée, le vrombissement des mouches, seul bruit à venir briser le silence de la brousse… Awa Diallo est née là, « il y a très longtemps ». Là, dans la zone sahélienne du nord du Sénégal, à Widou-Thiengoly, très précisément, un village de quelques centaines d’âmes qui n’est pas toujours indiqué sur les cartes de la région de Louga. Elle n’en est jamais partie. Sauf une fois, où elle est allée à Dakar et a grimpé dans un avion qui s’est envolé vers La Mecque, en Arabie saoudite. Pour faire son pèlerinage, parce que c’est une « bonne musulmane ».
Awa Diallo est une des 150 femmes qui travaillent chaque jour dans le jardin polyvalent de Widou. Quelques dizaines d’hectares protégés par des barrières en bois et un panneau bancal, « Reboisement et jardins polyvalents », orné du drapeau du Sénégal et du logo du Programme alimentaire mondial (PAM), l’agence humanitaire des Nations unies.

Consciencieusement, son arrosoir en plastique vert dans la main droite, ses clés et son portable dans la gauche, elle essaye de faire pousser des pastèques, des pommes de terre, du niébé, de l’oignon, de l’oseille ou du gombo dans ce coin du Sénégal où il peut se passer dix mois sans une goutte de pluie et où la steppe grille sous l’harmattan, ce vent sec et chaud qui vient du Sahara. Autour d’elle, que des femmes, essentiellement des Peules. Pas un homme, à part Jokker Endam, ouvrier agricole, responsable du jardin :
« Ce sont elles qui sont chargées de repousser le désert. »
De Dakar à Djibouti
Repousser le désert : c’était le rêve de la Grande Muraille verte quand elle a été lancée en 2008. Le projet panafricain de reboisement, porté par l’Union africaine (UA), doit relier Dakar à Djibouti, s’étendre sur 7.800 kilomètres, traverser onze pays, transformer le quotidien de millions de personnes… Pharaonique. La plus vaste entreprise écologique du monde avec le Barrage vert en Algérie, inauguré en 1970 par Houari Boumédiène, et la reforestation du désert de Gobi en Chine, orchestrée depuis le début des années 1980.

De Dakar à Djibouti

C’est à Widou justement qu’a été plantée la première parcelle de la Grande Muraille verte il y a dix ans : 675 hectares d’acacias du Sénégal, appelés aussi gommiers blancs – une espèce endémique –, entourés de grillages pour les protéger des chèvres, des vaches et des zébus, et qui ont poussé tant bien que mal au cours de la décennie. Bien alignés, un peu déplumés, le tronc grisâtre, ils brûlent sous la chaleur de l’été, en cette fin de saison sèche, qui n’a pas vu la pluie depuis septembre 2017.

Le sergent El Hadji Goudiaby, agent technique des Eaux et Forêts, a l’habitude de lire la déception dans le regard des – nombreux – officiels (organisations internationales, membres de gouvernement, parlementaires, etc.) venus du monde entier qui débarquent à Widou. Son discours est rodé :

« Vous savez, la Grande Muraille verte, ce n’est pas une barrière ininterrompue de forêts, mais un archipel de plantations, plutôt une série de ‘tâches’ vertes qu’une ‘ligne’. C’est plus efficace. Il faut laisser passer les éleveurs, les paysans, les populations nomades… »
Il précise :

« Vous savez, la Grande Muraille verte, ce n’est pas une barrière ininterrompue de forêts, mais un archipel de plantations, plutôt une série de ‘tâches’ vertes qu’une ‘ligne’. C’est plus efficace. Il faut laisser passer les éleveurs, les paysans, les populations nomades… »
Il précise :
« Au Sénégal, désormais, il y a 11 parcelles. Elles mesurent entre 200 et 1.150 hectares chacune, toutes plantées d’espèces autochtones, habituées au manque d’eau et à l’aridité de la terre. Gommiers blancs, jujubiers, dattiers du désert… »

Nathalie Funes

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