lu dans le Figaro Magazine : Sénégal, la nouvelle vague

Sénégal avril 2017  Dakar

Le peintre et musicien Kara Fall dans le village des arts ( photo Stephan Gladieu)

Sénégal avril 2017 Dakar

La styliste Selly Raby Kane dans le quartier dans le quartier populaire de la Medina ( photo Stephan Gladieu)

Arts plastiques, musique, mode… Le pays de la teranga (hospitalité, en wolof) regorge de talents qui bouillonnent d’énergie. Profitons-en pour visiter le Sénégal en amateur d’art. Des rues de Dakar jusqu’aux rives du fleuve Sénégal, balade arty à la rencontre des créateurs et artisans qui font battre le cœur de l’Afrique de l’Ouest.

Le photographe Omar Victor Diop à la Fondation Louis Vuitton, le peintre Soly Cissé au musée Dapper… La pléthore d’expositions consacrées à l’art africain à Paris, au printemps dernier, a pu donner une idée de ce qui se passait de l’autre côté de la Méditerranée, et plus loin encore, de l’autre côté du Sahara, au Sénégal. Avouons-le, on avait un peu oublié le pays de Léopold Sédar Senghor, premier Africain à siéger à l’Académie française, et d’Ousmane Sow, le «Rodin de Dakar», disparu en décembre dernier.
Grave erreur! «Depuis cinq ans, ça bouge, une nouvelle génération d’artistes émerge. Il y a une soif de créativité», observe Mao Sidibé, chanteur d’afropop revenu s’installer au pays après une longue parenthèse en France. Cap donc sur Dakar, la bouillonnante capitale sénégalaise. Bâtie sur la presqu’île du Cap-Vert, à la pointe la plus occidentale de l’Afrique, la ville exhibe quelques bâtiments coloniaux, tels la gare ferroviaire ou le marché Kermel.
L’architecture est banale et fatiguée. Les rues, elles, sont pleines de vie. On vend des grigris au marché Tilène, des tissus de Guinée et des fruits de Casamance au marché Sandaga. Des vendeurs de noix de cajou slaloment entre les voitures rapiécées avec les moyens du bord. Les cars rapides, sortes de minibus peints et cabossés comme de vieilles boîtes de conserve, éclaboussent de couleurs le décor anarchique de la métropole. Dakar n’est pas belle, c’est entendu, mais«c’est une ville facile d’accès, chaleureuse, joyeuse, cosmopolite.
Désordonnée et anarchique, mais sans agressivité», selon Ousmane Mbaye. Ce designer s’est fait connaître pour son mobilier de métal, fabriqué dans son atelier face au marché aux poissons de Soumbédioune. Ses armoires, chaises et tables basses sont conçues à partir de fûts d’essence aux couleurs vives. Lorsque ses artisans manquent de place pour souder, ils font comme tout le monde à Dakar: ils se mettent sur le trottoir. «Le savoir-faire est incroyable ici. On trouve tous les métiers imaginables.
Les trottoirs de Dakar, une galerie d’art à ciel ouvert
Hélas, il manque des structures de formation et des espaces culturels», dit Ousmane, qui rêve d’ouvrir une école de design. Après avoir vendu à travers le monde, l’homme se concentre désormais sur le marché africain. Abidjan et Lagos valent bien Paris ou New York. Ousmane Mbaye incarne cette Afrique moderne, conquérante, décomplexée et apaisée. Le soir en fin de journée, il aime s’asseoir dehors pour assister au retour des pêcheurs de Soumbédioune.

Vincent Noyoux


Laisser un commentaire