Lu dans le Soleil: les femmes sénégalaises s’organisent contre les mutilations génitales

Au Sénégal, l’excision recule sur fond de mobilisation des femmes, principales victimes, et des ONG spécialisées.

Les principales victimes de l’excision sont en première ligne dans la sensibilisation pour l’abandon de cette pratique qui a des conséquences néfastes sur la santé génitale et la santé de la fille tout court. Dans la région de Kolda, au Sud-Est du Sénégal, où cette pratique est ancrée, les victimes et les potentielles victimes mènent une campagne de sensibilisation sans relâche. La pratique recule. Mais la bataille est loin d’être gagnée. La tradition a encore tout son poids dans ces zones

Leurs armes, ce sont les mots
Les cas d’excision ont diminué grâce à l’implication des filles qui sont les premières victimes
L’heure n’est pas à la sieste. Ce mercredi  à 15 heures au quartier Bantanguel de Kolda, au Sud-Est du Sénégal. Les jeunes filles, les unes après les autres convergent vers la maison familiale de Oumou Barry, l’ex-présidente du club des jeunes filles. La cour de sa maison est leur quartier général.

Depuis trois ans, elles ont pris leur destin en main. Elles mènent une campagne tambours battants contre les grossesses précoces et les mariages précoces et les mutilations génitales. Leurs armes, ce sont les mots.

«Nous pouvons dire que les mutilations génitales ont reculé. Les clubs des jeunes filles y ont contribué. Ce n’est pas facile de convaincre les adultes qui sont attachés à nos pratiques ancestrales», nous confie l’ex-présidente du club des jeunes filles de Bantanguel.

Depuis trois ans, elles organisent des séances de causerie, des visites à domicile et le porte-à- porte pour échanger sur les pratiques qui hypothèquent l’avenir des jeunes filles dans la région de Kolda. Adama Lajo Diallo âgée de 20 ans et Salimata Bâ 18 ans étaient en première ligne dans la croisade contre ces fléaux. Elles pensent qu’elles n’ont pas prêché dans le vide.

 

«Nous pouvons dire que les cas d’excision ont diminué grâce à l’implication des filles qui sont les premières victimes. Mais il faudra reconnaître qu’il reste du travail dans des villages», a laissé entendre Adama Lajo Diallo.

Engagées contre « leurs ennemis communs »
Comme à Bantanguel, peu avant 16 heures, des filles, certaines arrivant à pied, d’autres à bord des motos «Jakarta», au Centre Conseil pour les Adolescents (Cca) de Kolda. C’est leur point de convergence tous les mercredis après-midi. Elles sont environ une quarantaine ce mercredi 15 mars 2017. La timidité de quelques unes contraste avec l’énergie de la masse. Elles sont toutes engagées contre «leurs ennemis communs» qui ont pour noms «mariages et grossesses précoces», «Infections sexuellement transmissibles (Ist)», «mutilations génitales féminines». Leur ton est révélateur de leur conviction.

«À travers cette campagne «Ne touche pas à ma sœur», il a été demandé aux jeunes filles si elles sont prêtes à dénoncer les cas d’excision ?», déclare Josiane Biaye. Les réponses de quelques filles ne souffrent d’aucune équivoque. Le voile noir enroulé sur la tête, Oumou Awa Baldé au bord des larmes a juré de ne plus taire les cas d’excision pour le reste de sa vie. «Je jure de dénoncer une femme qui pratique l’excision fut-elle ma maman», dit-elle presque en tapant sur la chaise.

Par Idrissa Sane pour « Le Soleil » | Le 30 novembre 2017


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