Mohamed Ba, alias Rasta: d’ouvrier agricole au propriétaire de bar-restaurant prometteur à Somone

Sénénews lui consacre un très long reportage: D’ouvrier agricole au service d’exploitants, l’homme est devenu entrepreneur prospère au cœur grand et à l’histoire inspirante. Installé sur le Petite Côte, Rasta est un personnage atypique, de double culture peulh et serere. Il est le propriétaire et gérant de l’un des restaurant-bars les plus célèbres de Somone : le « Paradise rasta».

Très imprégné du rastafarisme, Mohamed Ba a su développer grâce à cette philosophie originale, sa PME dans le secteur touristique, aujourd’hui recommandée par le routard Tripadvisor, le no1 mondial en conseil voyage et tourisme. Ce resto-bar est «Paradise rasta» devenu une destination très prisée des touristes de la Petite-côte et contribue, sans nul doute à la vente de la destination Sénégal. Et il voit encore plus loin. L’homme déborde de projets et d’ambitions. Et pourtant, il est parti presque de zéro hier à héro aujourd’hui. Rencontre avec un self-made man.
De double culture peul et serere, c’est donc à l’Ouest pays que notre homme d’affaire est parti pour se retrouve à Guéréo et battre monnaie. Rasta, né Mohamed Ba, la quarantaine est propriétaire du célèbre restaurant-bar de Somone, «Paradise Rasta», le point de mire des touristes occidentaux. Il y a quelques années, il a élu domicile dans la communauté rurale de Guéreo, en provenance du Centre du pays.

Un modèle

Quand Mohamad Ba, alias Rasta, débarque sur la Petite Côte en provenance de son Saloum natal, il est d’abord ouvrier agricole aux ordres de patrons exploitants agricoles. Flairant de bonnes affaires, se lancera plus tard dans l’entreprenariat avec presque rien. Des années après, c’est un véritable homme d’affaires décomplexé que l’on trouve ici à Guereo.
Profondément ancré dans la culture rastafari, cette philosophie magique et multifonction lui permet de se réaliser sur bien des plans, y compris dans son business. Le cœur débordant de générosité, l’homme d’affaires, grâce à sa modeste PME parvient à faire quelques dons autour de lui à Guéréo ainsi que dans son village natal, où il est adulé et considéré comme un modèle.
Pourtant, on peut dire que lui, l’ancien ouvrier agricole est parti de zéro pour devenir héro au point de commercer avec TripAvisor. Son business marche bien certes, mais il n’a pas envie de dormir sur ses lauriers. Ambitieux, Mohamed compte développer davantage son business dans tout le pays.

Ce que le rastafarisme n’est pas…

Contrairement aux étiquettes péjoratives que l’on colle au restafarisme, Mohamed explique que le yamba et l’alcool, entre autres, loubard ne sont pas l’essence du rastafarisme. Ces péchés mignons ne sont que des aspects marginaux de cette philosophie que défend bec et ongle notre interlocuteur.
De taille moyenne, teint noir foncé, ses dreadlocks qui lui tombent jusqu’à la poitrine, sont noués par derrière sa tête, décorés d’anneaux et de petits bijoux argentés. Le plus en vue de ses gadgets ornementaux dans sa chevelure, est une carte d’Afrique en métal.
Le reflet de ces bijoux, qui donnent du charme à ses dreadlocks, est la véritable attraction des filles. Visiblement admiratives de cette chevelure et curieuses, elles ne résistent pas à la tentation. Elles finissent par balader leurs petites mains intruses sur la crinière du rastaman.
Côté port vestimentaire, l’homme est relaxe. Habillé d’un tee-shirt débardeur aux couleurs vert, jaune et rouge dégradées, sur lequel gravé le visage du roi du reggae, Bob Marley, son idole. Le tee-shirt tricolore est assorti d’un short bleu marine.

Entretien fraternel

Connu ici pour être à tu et toi avec tout le monde, Rasta a pour habitude de circuler entre les bungalows, taquiner des clients de gauche à droite, et discuter avec tout le monde et mettre chacun à l’aise. C’est peut-être un marketing stratégique. Pourtant en tant que gérant, sa tâche n’est pas de tout repos. Nous en avons d’ailleurs fait les frais de son manque de temps.
C’est après moult rendez-vous avortés que nous réussissons à décrocher, enfin un entretien avec Mohamed Bâ.
En cette après-midi, c’est avec un sourire aux lèvres qu’il se dirige vers moi me tapant dans la main d’un air fraternel, et me conduit à l’écart sous une des parasols en paille, soutenue par une tige de cocotier faisant face aux bungalows. Le cadre est agrémenté de tubes reggae qui passent en boucle, comme musique de fond. C’est la marque de fabrique de «Paradise Rasta». La musique jamaïcaine est incontournable et consommée sans modération.
A une dizaine de mètres environ de notre parasol, les occupants des bungalows ne font pas particulièrement attention à notre mon hôte et à moi. Personne ne nous perturbe. Tout autour nous, des touristes profitent du beau temps tandis que des vendeurs de produits exotiques sont à l’affût du moindre client qui pointe le nez, ou tout autre personne qui montrerait un regard intéressé, pour l’accrocher.
Comme à son habitude, d’un ton taquin, Rasta m’interpelle : – « Alors ‘bro’, commençons ton interview, me lance-t-il ! – «Ok ! Alors parle-moi de toi», lui répliquais-je.

«Je suis un modeste sénégalais né ici au Sénégal, noir et fier. Je suis originaire de Ndofféne Linguère dans la communauté rurale de Diakhao Sine. Ma mère est descendante de « Bour Sine », mais mon père est Djolof-djolof. Bref je suis à mi-chemin entre la famille de Maba Diakhou Ba et celle de Bour Sine».

Il sonnait environ 16 heures en cette après-midi. La rude chaleur de Somone commence à baisser d’intensité lorsque nous commençons notre échange. De notre parasol, la brise marine à laquelle se mêle l’air frais de la lagune, caresse nos visages. De l’endroit où nous menons notre discussion, nous apercevons, de l’autre côté de la lagune, la chaine d’hôtels ultra-modernes qui bordent la rive Nord de la lagune.
On peut se demander si Rasta Paradise n’est pas un petit poucet que ces géants écrasent et étouffent. En d’autres termes, on se dit que la concurrence doit être rude avec de telles structures.

«Non », assure-t-il, « Les hôtels ne nous gênent pas ; nous avons besoin d’eux. Nos clients venus d’Occident déposent leurs valises dans ces hôtels. Les touristes ont besoin d’un certain confort pour leur bien-être. C’est la diversité sénégalaise qui les intéresse, avec nos valeurs, notre culture…», a-t-il expliqué.

Une fois bien installés, sous notre parasol, à bâtons rompus, Rasta me parle de son business, ses débuts, ses réussites, ses défis et ses ambitions.

« Je suis passé de zéro à héros grâce au rastafarisme »

Lorsque Rasta est arrivé sur la Petite Côte, il était d’abord au service des autres comme ouvrier agricole. Il cultivait, entretenait des champs et faisait la récolte pour gagner sa vie. Mais le temps passant, il se découvre les aptitudes d’entrepreneur et ose se lancer.

«Je suis parti de rien, mais je me suis battu et maintenant, j’ai un Pme avec 15 employés et on continue le travail pour aller plus de l’avant ».

C’est ainsi qu’il passe d’ouvrier subalterne à employeur manager. Rasta souhaite que son histoire puisse inspirer la jeunesse sénégalaise, qu’elle se lance dans l’entreprenariat et accepte d’«être patient, admettre qu’un projet peux ne pas marcher du premier coup. Donc, il faut savoir être tenace, sans se décourager et se remettre en selle », conseille Rasta.
Notre businessman s’est lancé sur un coup de tête dans son secteur d’activité sans une formation préalable. Il a tout appris sur le tas. Ce qui ne l’a pas empêché de réussir à imposer comme homme d’affaire prospère.

«Je suis un autodidacte, mais pas forcément mes employés. Il n’y a que 3 ou 4 personnes sur qui je peux réellement compter, mais la majorité n’a aucune expérience en matière de tourisme. Nous avons une clientèle avec une civilisation de plus de 10 mille ans, pour intégrer leur milieu, il faut avoir une certaine ouverture d’esprit».

Rasta Ba est avec un personnage à la fois sympathique en général, et lunatique, par moments. Très exigent, pendant notre échange, il a piqué une de ces crises de colère, rougi et proféré des insanités à l’endroit de ses employés dont le job ne le satisfaisait pas. Et ce genre scènes semblent répétitives. Nous avons l’avons relevé à maintes reprises lors de nos différentes visites sur le site.
Farfelu, l’homme est en revanche, très attentionné vis-à-vis de ses (potentiels) clients, notamment occidentaux. Avec ces derniers, Rasta est un véritable gentleman, charmant et charmeur possédant une arme de séduction massive. Il les aborde avec tact et sympathie pour ne pas les importuner. Après les avoir mis à l’aise, il leur propose quelque chose à boire ou à se mettre sous la dent. En la matière, l’homme est passé maître dans l’art de séduire et de vendre.

Sky is limit : ambition sans limite

«Paradise rasta» est une entreprise qui fait la fierté de Guéréo et du Sénégal, en général. Puisqu’elle participe à la vente de la destination Sénégal. Le guide no 1 mondial en conseil voyage et tourisme classe «Paradise rasta» parmi les sites les plus recommandés de la Petite-Côte. «Le guide du routard est venu en touriste, je ne les connais même pas. Je me suis levé un matin et on m’a annoncé qu’on est recommandé par le Guide du routard. C’est à la fois une consécration et une fierté. Donc, nous devons plus nous mettre au travail conformément à la philosophie rasta».
Convaincu qu’il joue sa modeste participation dans le développement du pays à travers sa PME, il attend que l’Etat joue la sienne vis-à-vis de lui et ses collègues entrepreneurs de Guereo, dont il se fait, en quelque sorte, le porte-parole.
Ainsi, d’un ton ironique et non moins dépourvu d’une profonde franchise et de bon sens, le rastaman de Guéreo interpelle les pouvoirs publics sur leurs ambitions de vouloir relancer le tourisme sénégalais. Les entrepreneurs locaux doivent être impliqués et surtout soutenus de son point de vue. «Pour vendre la destination Sénégal, il ne suffit pas seulement d’amener des cols blancs pour défendre le tourisme. Il faut aussi que nous soyons impliqués, comme ça, on pourrait emporter du folklore, des djembés, des fruits de mer, des vêtements ndiakhass… ».
Pour Rasta, les facilités qui sont accordées aux hôtels devaient aussi l’être pour les modestes entrepreneurs de la localité. «A la lagune de Somone, nous avons besoin d’électricité et d’eau courante mais surtout de ressources humaines. On voudrait un bail tout comme les hôtels, avoir la possibilité d’avoir 5 bungalows, aussi plus d’espace pour construire des loges et créer plus d’emplois. Le bail pour monter une société ne devrait pas seulement être attribué au blanc ou aux arabes. L’Etat doit encourager et assister les jeunes comme nous, pour que d’autres puissent en prendre exemple», plaide l’homme d’affaires.
Mohamed s’interroge sur l’effectivité du fonds destiné à la promotion du tourisme du Sénégal. « Il faut aussi rendre effectif le fonds de promotion pour le tourisme et le rendre accessible à tous les acteurs ».
Très ambitieux, l’homme d’affaires compte mieux développer son entreprise afin de contribuer davantage à l’augmentation de la plus-value de son pays. «Mon plus grand rêve est que «Paradise rasta » devienne une chaine présente dans toutes les régions du Sénégal, créer plus d’emploi et payer des impôts. J’ambitionne de faire partie du club des entrepreneures les plus riches du pays. Les entreprises étrangères font des bénéfices qu’il emporte ensuite chez eux ; nous n’y gagnons rien. Donc il fait qu’on encourage l’expertises nationale, et éviter de la sous-estimer et de la marginaliser».
A mon arrivé dans la commune de Guéreo, j’ai trouvé un bled sauvage et j’ai eu alors l’occasion de m’exprimer à travers le rastafarisme ». Les choses n’ont pas toujours étaient faciles pour Rasta.
Le rastafarisme : une philosophie magique et multifonction
Mohamed est fanatique de Bob Marley et il aime le montrer, adore s’habiller aux couleurs rastafari. Admirateur de Bob Marley et adepte de sa philosophie, Mohamed Ba ambitionnait d’être footballeur comme le prophète du rastafarisme. Mais les réalités de la vie ont réorienté ses ambitions. «Comme Bob Marley, je voulais être footballeur professionnel. Dans mon village natal, il n’y avait pas d’activité touristique. C’est quand je suis venu à la Petite Côte que j’ai découvert le tourisme.
Mohamed Bâ a pleinement adopté la philosophie rasta dans toute sa vastitude depuis des décennies alors qu’il était écolier. Et il a la certitude que cette philosophie sur sert sur bien des plans. «C’est dans les années 1980 que j’ai adhéré à la philosophie rasta, j’ai fréquenté l’école à cette année. J’étais un jeune écolier à Diakhao chez ma grand-mère, ses fils fréquentaient l’université à l’époque. Tous les jours ils écoutaient la musique de Bob Marley et quand j’écoutais, ça me donnait la chair de poule », se rappelle-t-il. Le rastafarisme est une source d’épanouissement et d’ancrage dans son africanité, voir sa négritude, pour cet entrepreneur fonceur. Le rasta est le levier par lequel je peux m’exprimer ; mais je m’en sers aussi pour répondre à certains détracteurs de l’émancipation du peuple Noir. Je profite de l’éco-tourisme et de la culture pour montrer que l’Afrique a une civilisation et une histoire».
Interpellé sur son attrait pour les couleurs vives et l’omniprésence du vert, jaune et rouge dans tous les recoins de «Paradise Rasta», le nom de son bar-restaurant, il répond en remontant d’abord l’histoire :

« Le vert jaune rouge est la couleur de la victoire d’une nation Noire, l’Ethiopie, sur un peuple Blanc. L’Italie de Mussolini venu envahir le royaume de Ménélik, descendant du prophète David a essuyé une humiliante défaite. La racine religieuse du rastafarisme est née en Afrique. Mais ce sont nos frères jamaïcains qui ont le plus diffusé cette philosophie à travers leur musique, à l’instar de Bob Marley, Burning Spear ou encore Marcus Garvey. Et ça c’est une philosophie qui nous rend fière».

Après cette démonstration de sa culture en histoire, son téléphone se met soudainement à sonner au rythme du «Get up Stand up», le célèbre tube de Bob Marley, comme si la providence était en phase avec sa déclaration. Par égards donc pour son travail, je lui propose d’arrêter l’interview pour prendre l’appel. «Non ! Laissons sonner et écoutons bien » me rétorque-t-il avant de poursuivre. «Ceci est ma sonnerie de tous les jours, comme le dit Marley, nous devons nous battre pour nos droits et pour survivre. Le rastafarisme veut qu’on croit en nous et à nos propre capacité. Les gens se focalisent sur l’aspect extérieur comme quoi les rastas sont de mauvais garçons qui boivent et fument…ce qui est une vision très péjorative de notre philosophie ».

Le rastaman entre RSA et générosité

Grand entrepreneur, Rasta est un homme avec un grand cœur qui vient en aide aux jeunes de sa commune et de son village. Il lui arrive de faire des dons à l’école de foot de Ndoffène Linguère, son village natal, où il est accueilli en héros et pris comme modèle par les jeunes. Ses largesses ne se limitent pas seulement aux jeunes de son village.
Les éco-gardiens de la mangrove de Somone bénéficient souvent du grand cœur du businessman. Ses actions, bien que modestes, constituent tant bien que mal une véritable responsabilité sociale d’entreprise qu’il met en œuvre. Une leçon pour les richissimes entrepreneurs du pays, notamment des milliardaires qui ne se font aucun devoir de reverser quelque chose pour leurs communautés. Mohamed Ba leur adresse clairement un message. «J’ai toujours rêvé de faire partie de ceux qui font bouger les choses dans leur pays », indique-t-il.

Ibrahima DIENG/senenews.com

 


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1 comment

  1. sadiath février 9, 2018 2:39   Répondre

    Merci de redorer le blason du « fier d’être africain ».