Pétrole et gaz au Sénégal : de l’abondance en perspective, mais surtout un coche à ne pas rater

ausenegal.com.- Une grande polémique aux relents âcres de fuel anime depuis quelques jours toutes les plateformes et espaces de discussion de notre pays. Le sujet des débats : les nouvelles ressources naturelles qui seront bientôt exploitées sur le sol sénégalais, le pétrole et le gaz. Nous ouvrons quelques réflexions sur les retombées de cette « manne ».

Outre quelques tensions diplomatiques avec la Mauritanie notamment (État frontalier avec lequel le Sénégal est désormais lié du fait d’une réserve gazière partagée), outre également un vieux scandale financier (autour d’une entreprise d’exploitation pétrolière controversée) dans lequel patauge des personnalités haut placées du pays, et qui a été remis sur la scène publique après un reportage réalisé par un média étranger , le pétrole et le gaz soulèvent en plus, des questions pratiques autour de la gestion de ces énergies à grands enjeux et de l’élaboration d’un modèle économique durable, qui saura affecter positivement, la vie de chaque citoyen sénégalais.

Nous allons donc, au cours d’une série d’articles , passer en revue les principaux secteurs d’activités qui mériteraient que l’on s’y penche de manière concrète et pour lesquels les nouvelles ressources naturelles découvertes dans le sol sénégalais pourraient être un véritable souffle de vie. Entres autres questionnement donc, voici quelques-unes des réflexions sur lesquelles nous nous arrêteront.

La recherche

Au Sénégal, la recherche scientifique, à la base de tout développement, n’est pas financée par l’État. De nombreux enseignants du supérieur se voient obligés de rechercher des financements auprès d’organismes et universités étrangères qui, naturellement, orientent les recherches qu’ils financent vers les secteurs qui attirent véritablement leur attention.

Ne serait-il pas temps de mettre en place un véritable système d’accompagnement destinés aux chercheurs, afin qu’enfin des secteurs encore très peu explorés comme la pharmacopée locale, l’agriculture, la politique éducative, l’artisanat, la recherche biologique, les énergies renouvelables locales, etc. puissent bénéficier de solutions locales et durables, adaptés à nos besoins, parce qu’inspirées de nos problèmes ?

L’environnement

Entre la fumée dense qui cache le bleu du ciel et emplit les poumons des habitants de Dakar, les villages entiers qui disparaissent tout simplement dans le nord du Sénégal à cause de l’érosion côtière (entre autres choses), le sud du pays qui est en train d’être dépouillé de sa forêt, les habitants de la vallée du Fleuve qui sont chassés de leur lieu de vie à cause d’une plante parasite, le tout sans que de vrais mesures durables ne soient réellement prises… Peut-on croire que l’environnement est une « priorité de l’État » du Sénégal ?

La formation et l’orientation

Dans un pays où 45,5 % de la population est en âge de travailler et que seul 37,5 % sont actifs (source ANSD), il est absolument essentiel de mettre l’accent sur la formation. Tout le monde n’ayant pas la possibilité de devenir étudiant du supérieur, est-ce que tous ceux qui n’ont pas suivi cette voie sont condamnés à chômer ou à exercer, dans l’informel, des métiers qu’ils apprennent sur le tard, sans certification aucune, avec tous les risques que cela comporte ?

La prise en charge sociale

Les problèmes sociaux sont nombreux au Sénégal, mais ceux qui touchent les personnes à conditions sociales sensibles restent une priorité.

Doit-on mettre sa vie en pause et la reprendre à zéro lorsque l’on a séjourné en prison sans que notre pays nous propose des solutions pour se refaire ? Devrait-on irrémédiablement être destiné à la mendicité lorsque l’on est handicapé et issu d’une famille en difficulté ? Est-ce normal d’être condamné à errer dans les rues lorsque, souffrant de troubles mentaux et faisant partie d’une société où la maladie mentale est un douloureux tabou, l’on ne bénéficie d’aucune prise en main ou presque ?

L’industrialisation

Le secteur de l’agroalimentaire est l’un des grands parents pauvres de la politique économique Sénégal. Pourtant, selon Perspective Monde, en 2015, le Sénégal importait 48,8 % des produits manufacturés et 23,1 % des produits agricoles consommés par les Sénégalais. Dans un pays où le SMIC est de 59 800 FCFA (moins de 90 euros), est-il raisonnable de vivre ainsi au-dessus de ses moyens, pendant qu’un sérieux investissement dans l’industrialisation pourrait réduire le taux de chômage et les importation (fatals au secteur agroalimentaire) de moitié ?

La gestion des infrastructures publiques

Les infrastructures publiques du Sénégal, témoignent cruellement du manque de suivi dans beaucoup de projets dans le pays. Des stades aux écoles publiques, en passant par les hôpitaux ou encore les salles des fêtes ou les monuments, certaines routes et notre patrimoine historique ausi, ses espaces souffrent souvent d’une négligence criarde et d’une gestion déstructurée qui les rendent quasiment inexploitables. La notion de transmission ne devrait-elle pas être au cœur de tout système de gestion du bien publique ?

la numérisation de l’information et des formalités administratives

Obtenir un renseignement juste, quel qu’il soit, est souvent un véritable casse-tête et une sérieuse perte de temps au Sénégal. Que l’on veuille obtenir un document administratif, connaître les jours et horaires d’ouverture des agences de l’État, savoir à qui s’adresser lorsqu’on veut rencontrer une autorité administrative, connaître le calendrier des concours, ou tout simplement lire l’actualité d’un secteur qui nous intéresse, on est souvent perdus lorsque l’on est dans l’urgence ou qu’on ne connaît pas quelqu’un qui connaît quelqu’un.

N’est-il pas temps d’impliquer les trop nombreux chômeurs dans la collecte et la diffusion de ce type d’informations importantes, notamment sur le web ?

L’aménagement du territoire

« Le Sénégal est comme un enfant souffrant de macrocéphalie. La tête c’est Dakar, et le corps le reste du pays ».

La capitale sénégalaise, la plus petite des régions du pays, contient 3,8 millions d’habitants, soit près de 23 % de la population et la quasi-totalité des sièges administratifs. Pendant ce temps, Tambacounda, la plus grande des régions, ne compte que 840 000 habitants et fait partie des zones les plus enclavées du pays. Une telle macrocéphalie urbaine peut-elle perdurer sans que Dakar ne risque l’asphyxie économique et spatiale ?

La culture et le tourisme

Il y a bien longtemps que les secteurs de la culture et du tourisme n’ont pas bénéficié d’une vraie politique et d’un véritable programme d’actions ciblées, avec des résultats palpables. Or le Sénégal n’a-t-il pas tous les atouts de son côté pour devenir une des principales destinations du continent ?

Voici tout autant de question sur lesquelles nous nous pencherons très prochainement.

Marième Kane 

ausénegal.com


Laisser un commentaire