Privatisation de lagune de la Somone : le cauchemar ne fait que commencer

Le site ausenegal.com vient de publier un grand reportage sur les risques de privatisation des abords de la lagune de Somone qui peuvent peser sur la qualité de cet environnement exceptionnel. Voici cet article de Marième Kane.

Les populations des localités qui longent de part et d’autre la célèbre lagune de la Somone ont longtemps vécu paisiblement dans un environnement unique. Mais de nombreuses manœuvres administratives douteuses soulèvent des tensions entre les autorités et les habitants.

Lagune de la Somone en 2018
Lagune de la Somone en 2018

En 2014, lors d’une visite au Sénégal, le président de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), Jean-Louis Ekra, conduisit une équipe de représentants de la Banque en visite à l’hôtel Royal DeCameron (ex-Baobab Resort à la Somone), qui appartient à la Société touristique de la Somone (SOTOUSO), où elle a participé aux cérémonies d’inauguration d’un projet d’expansion bénéficiant d’une facilité de pré-financement de 25 millions d’euros. Ceci marque le début d’une longue polémique et de nombreuses manœuvres administratives douteuses qui jusqu’à aujourd’hui, continuent de soulever des tensions entre les autorités et les populations de Mbour très remontées.

Pointe de Guereo en 2016
Pointe de Guereo en 2016

UN MILIEU NATUREL UNIQUE

Les populations des localités qui longent de part et d’autre la célèbre lagune de la Somon, ont longtemps vécu paisiblement dans un environnement unique, rythmée par des activités ancestrales de pêche et par une activité touristique modeste.

Cette zone constitue la Réserve naturelle d’intérêt communautaire de la Somone (RNICS), créée en 1999 par délibération n° 003 du conseil rural de Sindia à la demande des populations locales, appuyées par la Direction des parcs nationaux. Elle regroupe les villages de Guéréo, Thiafoura, Soro Khassap sur la rive nord et la commune de la Somone sur la rive sud, et est située entre le 14°30 et le 14°50’ de latitude nord et le 17°10’ de longitude ouest dans la partie estuarienne du bassin versant de la Somone.

Cette zone qui s’étend sur une superficie de 700 hectares a été sous la tutelle de la Direction des aires marines communautaires protégées (DAMCP) jusqu’à ce que l’État du Sénégal procède, il y a quelque mois, à sa déclassification, au profit d’un projet immobilier porté par un promoteur privé établi sous le dénominatif de SIHAM (Société immobilière d’habitat moderne).

Poste de contrôle de la Réserve naturelle d’intérêt communautaire de la Somone
Poste de contrôle de la Réserve naturelle d’intérêt communautaire de la Somone

UN COMPLEXE HÔTELIER QUI MET EN DANGER L’ÉCOSYSTÈME

Par un décret présidentiel, ce promoteur, en lien avec la société hôtelière Sotouso, s’est en effet vu octroyer une superficie de 52 hectares de terrain sur les bords de la lagune dont une partie concernerait le plan d’eau lui-même.

C’est sur cet espace naturel que le groupe immobilier compte mettre en place un complexe hôtelier de luxe qui, au-delà des dommages qu’il causera à la micro-économie qui fait vivre les habitants de la zone, met en péril le patrimoine naturel et culturel qui est à l’origine de l’aspect exceptionnel de ces lieux.

Pointe de Guereo
Pointe de Guereo

La zone autour de la lagune est en effet un pôle économique important pour les habitants de la zone. Les alentours sont bordés de nombreuses exploitations agricoles artisanales, qui font vivre de nombreuses familles. Les hommes et les femmes des localités environnantes, s’activent dans la pêche artisanale et la cueillette des huîtres et autres produits halieutiques. Plusieurs installations touristiques de petite envergure sont implantées çà et là (auberges, restaurants) et permettent de maintenir une activité touristique tout à fait bénéfique aux habitants. Mais le plus alarmant avec l’émergence de ce projet, c’est la mise en danger de l’environnement de la zone.

LA RÉSERVE NATURELLE D’INTÉRÊT COMMUNAUTAIRE DE LA SOMONE

La Réserve naturelle d’intérêt communautaire de la Somone peut être divisée en quatre unités écologiques principales : le plan d’eau permanent (lagune, lit et chenaux constamment couverts d’eau) ; la zone de mangrove (couverte par les hautes marées) ; et l’estran sableux ; la vasière et les tannes (où sont pratiquées de nombreuses activités agricoles).

Du fait de son écosystème diversifié, la zone se caractérise par une biodiversité riche et variée. Ainsi elle compte plusieurs espèces végétales et animales telles que les singes verts, les tortues marines, des mangoustes à queue blanche et d’innombrables espèces d’oiseaux. La partie basse joue un important rôle de rempart contre les inondations et impacte sur les dynamiques des paysages et les perspectives de développement durable sur la Petite Côte. Mais déjà, des dégâts se font ressentir.

Pointe de Guereo en 2016
Pointe de Guereo en 2016

LES POPULATIONS ALERTENT

Les membres du collectif de défense des intérêts de Mbour (CDIM), disent avoir constaté, avec désarroi, le lancement de travaux d’envergure de remblai et de vaste dessouchage sur fond de lotissement de plus deux hectares dans le domaine public naturel, en violation flagrante de la loi 76-66 du 2 juillet 1976 portant code du Domaine de l’État. Ces travaux ne sont pas sans conséquences : « Les milliers de pélicans qui étaient ici dans leur milieu naturel, participant à l’équilibre de l’écosystème, ont fui vers d’autres horizons : c’est une première alerte. A ce stade, nous osons espérer que la bonne foi du chef de l’État a été abusée pour déclasser cet espace attribué à un promoteur privé  » a déclaré, Lamine Diop, porte-parole du Collectif, lors d’un point de presse tenu en 2018.

Ce collectif se bat depuis le début pour l’annulation du décret de déclassification qui, selon les membres, est un scandale. Selon Ousmane Tiam, président du collectif « La mesure est plus que suspecte. Il y a une absence totale de délibération de la commune de Sindia d’une part et, de l’autre, le silence inquiétant des élus locaux sur la question ».

Les autorités se font en effet remarquer par leur lourd silence concernant l’affaire. Le collectif quant à lui continue ses actions de protestation et une plainte a même été déposée au niveau de la Direction de la surveillance et du contrôle de l’occupation du sol (DSCOS).

Affaire à suivre avec attention…

Lagune de la Somone
Lagune de la Somone

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