Vu sur le net: Poupées noires, cause noire

« Les poupées noires ont toujours existé au Sénégal. Nos grands-mères les confectionnaient parfois avec des boîtes de lait vides… ».

Entretien avec Fabinta Lo, intellectuelle et artisane.
Combattante au long cours, le parcours de Fabinta Lo a ce courage qui la pousse à bousculer l’ordre établi. La culture est le moyen qu’elle utilise afin de susciter la réflexion : quid de l’homme noir ? Quid de sa culture ?
Tenaillée par la question de l’identité réelle africaine et celle fantasmée, de la relation ou non relation de ce dernier à sa culture, aussi bien que par la perception – la plupart du temps erronée – de celle-ci par autrui et mue par le désir de visibilité de ladite Culture, elle combat.
Via son livre « Le coq chante » relatant divers pans de la culture sénégalaise, disponible en français et en italien. Via ses poupées de chiffon vendues avec une fiche relatant leur histoire. . C’est depuis 2006 qu’elle creuse le sillon de la conscientisation et veut rendre visible la culture propre à l’homme noir.

Entretien
Écrivaine, ancienne prof d’espagnol, bénévole au service de l’émigration en Italie, fabricante de poupées noires, active militante quant à la conscientisation des Sénégalais par rapport à la richesse de leur culture et par extension, des Noirs par rapport à la culture africaine, qui êtes-vous Fabinta Lo ?

Je suis cette enseignante à la retraite que vous avez si bien décrite dans l’introduction.

Vous avez grandi entre différents pays d’Afrique, qu’apporte ce cosmopolitisme à votre vision de la vie ?

Je suis née au Mali. J’ai grandi au Burkina Faso et vers 13-14 ans je suis rentrée au Sénégal pour y continuer mes études.Chacun de ces pays a laissé en moi une empreinte, ce qui constitue une richesse culturelle dont je suis fière.
« Pour exemple, une de mes voisines se plaignait souvent de nos amis qui passaient nous voir sous prétexte que son fils avait peur de l’homme noir. »

C’est en Italie que vous avez commencé à fabriquer des poupées noires. Dans quel cadre était ce ? Y avez-vous constaté une méconnaissance la culture africaine en général ?

C’est en 2006 que j’ai commencé à fabriquer mes poupées en chiffons. La majorité des Italiens avaient une méconnaissance de la culture africaine en général et sénégalaise en particulier.Les poupées constituaient donc un excellent moyen pour expliquer certains éléments culturels de notre pays. Le ludique est souvent une voie royale pour éduquer en finesse autrui sans que ladite éducation ne soit perçue comme une corvée par le receveur.

En Italie – vous y avez vécu plus de 13 ans -, quelle est la chose la plus aberrante qu’il vous a été donné de vivre ou entendre quant aux a priori sur les Noirs ?

Vous savez, lorsque l’on ignore tout d’un pays, il est facile d’entendre certains propos choquants qui frisent, sont à la limite du racisme. Pour exemple, une de mes voisines se plaignait souvent de nos amis qui passaient nous voir sous prétexte que son fils avait peur de l’homme noir.

Est-ce à partir de ce moment qu’est né ce côté combatif et militant qui vous caractérise ?

Je pense que ce côté combatif est inné et l’émigration l’a forgé, car vivre tous les jours ou être au quotidien témoin des injustices ne peut pas vous laisser dans la passivité.

On vit dans un monde multi connecté où la connaissance est démocratisée pourtant les Africains sont pour la plupart, déconnectés de leur propre culture, s’en préoccupent peu, comment expliquer ce fait ?

Nous avons perdu nos repaires. Il est temps que nous retournions aux sources.Nous devrions rester nous mêmes au lieu de copier l’Occident sur tous les plans. Il y a de bonnes choses, des valeurs relevant de l’universel et du simple bon sens. Dans un monde en manque de repères, l’Afrique peut et doit apporter sa part d’expertise au lieu de n’être que consommatrice passive tel un nourrisson que l’on gave.

Pourquoi le choix des poupées pour parler culture ? Vous êtes professeure et pédagogue. Est-il plus aisé de faire passer un message par le ludique ?

Apprendre en s’amusant a plus d’impact à mon avis sur l’enfant. À travers la poupée Ndaté Yalla, reine du Waalo, l’enfant apprendra par exemple l’histoire de cette résistante sénégalaise face à la colonisation.


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