LES POPULATIONS DE GUEREO EN COLÈRE

Seneplus. – La population de Guéréo (commune de Sindia- Mbour près de Somone) est très remontée contre le Président Macky Sall. Elle accuse le chef de l’Etat d’avoir signé un décret pour accorder à l’hôtel Decameron des terres sur la rive droite de la lagune.

André BAKHOUM  |   Publication 24/06/2020

Dans les villages qui se trouvent en bordure de l’océan, c’est tout simplement la ruée vers la terre. Partout sur le littoral, de gros bonnets sont à l’affût du foncier, chacun cherchant un espace paradisiaque dans le domaine public maritime, jusqu’à fouler au pied les règles élémentaires de la loi. Cette fois, c’est le président de la République qui est directement indexé par la population du village de Guéréo. En effet, elle accuse ce dernier d’avoir signé un décret en 2013, accordant leurs terres, qui se trouvent dans le DPM, à l’hôtel Décameron pour faire une extension sur la rive droite de la lagune

Ce bail, qui n’a pas fait l’objet d’une délibération par le conseil municipal de Sindia, est perçu par la population comme un hold-up pour les exproprier de leurs terres. Pour faire reculer le locataire du Palais, des habitants de ce village peuplé de 6 mille âmes et les personnes affectées par le décret, regroupées au sein du «collectif des impactés», ont entamé un combat pour dire non à «cette injustice». Ces décrets mystérieux (ne se trouvant ni dans le journal officiel ni dans les archives) concernent 38 ha. Mais puisque les spoliateurs ont toujours des stratégies pour imposer leur projet à l’insu de la population, ils en ont profité pour rajouter 12 autres ha, s’accaparant ainsi du reste de la lagune. Ce qui fait qu’au niveau des Impôts et Domaines, au lieu de 38 ha initialement prévus par le décret, c’est plutôt 52 ha.

Dans cette combine, les autorités du ministère de l’Economie et des Finances de l’époque sont indexées. Elles sont accusées par la population d’avoir facilité la spoliation de ces terres. Les décrets informent que la zone cédée fait partie de la commune de Somone. Or, la lagune constitue une frontière naturelle entre les deux collectivités locales (Somone et Sindia) et la partie concernée se trouve dans la commune de Sindia. Pour la population, c’est lorsque le sous-préfet a voulu entamer l’identification des propriétaires qui disposent de parcelles dans cette espace que le pot aux roses a été découvert. Les riverains de la lagune craignent déjà les effets dévastateurs de la vente de la zone au profit des investisseurs colombiens.

UNE ATTRIBUTION AU PARFUM DE DEAL

Le groupe DECAMERON spécialisé dans le secteur de l’hôtellerie a obtenu une satisfaction partielle sur sa demande d’extension. Après avoir reçu une copie des deux décrets qui sont à l’origine de la colère de la population de Guéréo, « L’AS » est revenu sur le document. L’octroi de 38 ha dans les décrets No 2018-401 et 2018-402 à Décameron va désormais permettre à l’hôtel d’enrôler la lagune et de la privatiser au détriment des centaines de pères et de mères de familles qui y gagnent leur vie. Ainsi, les 38 ha et 12 ha additifs dont les bénéficiaires ne sont pas encore identifiées ne constituent qu’un scandale parmi tant d’autres dans cette zone.

Dans le rapport de présentation, le document renseigne que le Groupe Decameron a sollicité l’attribution, à son profit, d’un terrain situé à la Somone d’une superficie de 16ha 23a 01ca relevant du domaine public maritime, d’une superficie de 12ha 28a du domaine public fluvial, de 3ha 94a et prescrivant son immatriculation au nom de l’Etat du Sénégal en vue de la construction d’un complexe hôtelier et touristique. Ce rapport de présentation signé à l’époque par le ministre délégué auprès du ministre de l’Economie des Finances et du Plan chargé du budget, Birima Mangara, informe que la commission de contrôle des opérations domaniales a émis un avis favorable le 2 avril 2013.

D’ailleurs, les décret N 2018-401 et 2018-402 du 6 février 2018 portant d’une part, déclaration d’utilité publique et une immatriculation au nom de l’Etat et d’autre part, déclaration d’utilité publique et une immatriculation au nom de l’Etat en vue de son attribution par voie de bail au groupe DECAMERON a été signé par le président de la République. Le décret numéro 2018-401 prononçant le déclassement d’un terrain dépendant du domaine public naturel situé à la Somone, dans le département de Mbour, d’une superficie globale de 16ha 28a 01 ca, relevant du DPM pour 12ha 28a 32ca et d’autre part de 3ha 94a 69ca, attribue au groupe DECAMERON cette zone ; et dans le second décret 2018-402, le Président Macky Sall octroie 23ha 69a 27ca. Un scandale en cache un autre

Dans le rapport de présentation, le document informe que le groupe DECAMERON a sollicité l’attribution d’un terrain situé à Somone d’une superficie de 23ha 69a 27ca pour la construction d’un hôtel. Saisie de la requête, la commission de contrôle des opérations domaniales a émis un avis favorable au cours d’une séance, le 02 avril 2013 (affaire N 207). Mais au niveau des Impôts et Domaines, on parle plutôt de 52ha. A qui donc profitent les 12 ha additifs? Certaines sources bien informées renseignent que de gros bonnets en ont profité pour s’accaparer de la superficie restante. «Même si les populations refusent de céder un cm de leurs terres, le décret prouve à suffisance les micmacs de certaines autorités», fustige un élu de la commune de Sindia qui ajoute que de hauts responsables du régime profitent de la faiblesse du maire de Sindia pour s’accaparer des terres. «Ils agitent ses nombreux dossiers de justice pour lui faire du chantage et obtenir ce qu’ils veulent», révèlet-il. Cela paraît tellement vrai que l’ancien procureur du TGI de Mbour, Alioune Sarr, lors de sa passation de service, avait révélé avoir été victime de son engagement à s’attaquer au dossier foncier et de punir les coupables. Il avait cité nommément Thierno Diagne dans ses scandales à répétitions.

Du côté de la mairie de Somone, un conseiller municipal fait son mea culpa. «DECAMERON est hyper puissant. Nous avons fait la prison lorsque nous nous battions contre son extension sur la lagune et cela n’a abouti à rien. Aujourd’hui, il jette son dévolu sur les terres d’une autre commune. Cette zone (rive droite) ne fait pas partie de notre collectivité locale car la lagune constitue la frontière naturelle entre les deux communes. Mais pour combattre cette injustice, il ne faut surtout pas compter sur la mairie de Sindia mais plutôt sur les populations», conclut-il.

Note du blog: nous relayons cet article polémique pour apporter  des informations nouvelles sur le conflit en cours qui touche aussi de très près notre commune de Somone et l’avenir de la lagune. Il ne s’agit en aucun cas pour nous de prendre parti.


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